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Des cochons et des hommes

''Le comité [Conseil de la santé des Pays-Bas] sur la xénotransplantation, cependant croit que … la meilleure manière de résoudre le déficit d’organes pour les transplantations est d’augmenter l’offre des dons d’organes.''--- Xenotransplantation, Health Council of the Netherlands : Committee on Xenotransplantation, 1998


À ce jour, des victimes humaines mais aussi des dizaines de milliers d'animaux expérimentaux ont trouvé la mort après avoir reçu un organe d'une autre espèce, un processus appelé xénogreffe. Les premières tentatives documentées de xénogreffe datent du début des années 1900, lorsqu'un chirurgien français transplanta des morceaux de rein de lapin chez un enfant, ce qui causa la mort de l'enfant deux semaines plus tard. Pourquoi? Simplement parce que l'organe de l'animal qui était implanté dans l'enfant fut rejeté par une réaction immune aiguë générée par le corps de l'enfant afin de se débarrasser du tissu étranger. Un autre obstacle majeur aux xénogreffes est le risque de dissémination d'agents viraux au sein de la population humaine, qui sont bien peu connus actuellement et présentent un risque potentiel.

Les Canadiens ne sont pas en faveur des xénogreffes, particulièrement en raison du niveau élevé de risque pour la santé, du faible niveau de connaissance actuel et parce que les méthodes alternatives potentielles n'ont été que peu explorées. Pourtant, selon le rapport "Greffes de l'animal à l'humain: Est-ce que le Canada doit s'engager?," l'expérimentation animale dans ce domaine est déjà largement active. Ceci n'est pas surprenant, en effet les considérations mercantiles sont substantielles. Ce type de technologie pourra faire grossir les profits des compagnies pharmaceutiques et générer toute une gamme de nouveaux services médicaux. En 1999, une étude menée en Suède révéla que 66% des sondés accepteraient d'être greffé avec le rein d'un animal si les risques étaient égaux à ceux d'une transplantation humaine. Si les risques étaient plus élevés, seulement 16% des sondés accepteraient l'organe de l'animal. (1) Les tentatives de xénotransplantation montrent un nombre record d'échecs et de décès.

Le recours à des organes d'animaux a été considéré pour remédier à une pénurie d'organes disponibles pour les patients nécessitant des transplantations. Cette pénurie est liée à un manque de personnes acceptant d'être donneur d'organes, ainsi qu'à une bien faible collecte de tissus humains. Au Canada, environ 4000 personnes attendent chaque année une transplantation d'organe. Pouvez-vous imaginer un marché fructueux de médicaments immunosuppresseurs et une industrie qui fournirait les patients avec des organes de cochons? Savez-vous qu'aux Etats-unis, 6000 personnes sont enterrées ou incinérées chaque jour avec des organes et tissus qui pourraient être utilisés pour la médecine.

Au canada, il est estimé qu'environ 4000 personnes en état de mort cérébrale pourraient servir de donneurs potentiels, fournissant des milliers d'organes et de tissus chaque année. Même si tous ces organes ne sont pas utilisables pour des transplantations, ce nombre est plusieurs fois le nombre d'organes nécessaires pour aider les patients sur liste d'attente au Canada. Bien que des mesures préventives et un style de vie sain puissent augmenter les chances de passer une vie sans nécessiter un remplacement d'organe, certains scientifiques dont on ne peut que douter du sérieux essaient de nous faire croire qu'il y a une pénurie d'organes et que nous avons besoin d'organes animaux pour faire face aux excès de nourriture, à une nutrition inadéquate et à des styles de vie destructeurs pour notre organisme. En fait, il y a une pénurie de bonne volonté; ceci donne une bien meilleur représentation de la réalité.

Après tout, puisque certaines personnes mangent ces animaux intelligents et sociaux que sont les cochons, pourquoi ne pas utiliser leurs organes pour sauver des vies humaines? Peu de considération morale est donnée à ces animaux que l'imaginaire populaire dote d'une image sale et répulsive. (2) Les contraintes économiques, éthiques et les similarités anatomiques avec ces animaux ont encouragé l'utilisation de milliers d'entre eux pour des xénogreffes, au cours d'expériences dirigées par les compagnies pharmaceutiques. Néanmoins, leurs organes ont été rejetés par l'organisme des animaux greffés, d'une autre espèce. Parmi les molécules importantes qui sont impliquées dans le rejet des greffes figurent la transférase galactosyle a 1-3 qui catalyse la formation des glycoprotéines galactosyle alpha 1-3. Ces protéines sont trouvées à la surface des cellules de l'endothélium, qui sont les cellules formant les vaisseaux sanguins. La présence de ces glycoprotéines sur un greffon obtenu sur un cochon et transplanté à un babouin est responsable en partie de la réaction aiguë de rejet qui intervient quelques minutes après la transplantation. Les protéines galactosyle alpha 1-3 sont détectées par des anticorps qui déclenchent une réaction immunitaire vigoureuse menant à une nécrose des tissus. (3)

Comment est-il possible d'empêcher une telle réaction de rejet? La cyclosporine, qui est un immunodépresseur inhibiteur de l'activité des cellules T, a été utilisée mais elle s'est révélée inefficace pour inverser le processus de rejet. En principe, le mode d'action des rejets de greffe dépend de la disparité phylogénique entre les espèces. Plus les animaux impliqués dans la transplantation sont proches, comme le sont les êtres humains et les grands singes, moins la réaction risque d'entraîner une destruction dramatique de la partie greffée. Dans ce cas, les cellules T sont responsables du mécanisme de rejet via la reconnaissance directe des antigènes présents à la surface des cellules du corps étranger. Dans le cas d'espèces pour lesquelles la différence génétique est plus importante, comme le sont les êtres humains et les cochons, la réponse immunitaire est bien plus compliquée et implique des anticorps, des molécules faisant partie du complément, et des cellules T inter-communicantes les unes avec les autres.

De nombreuses stratégies ont été utilisées afin de faire face au mécanisme de rejet, telles que la suppression des facteurs impliqués dans le processus. Les médicaments immunodépresseurs sont toxiques et une administration à long terme de ces produits pharmaceutiques n'est certainement pas à préconiser. Une autre stratégie implique la suppression du système immunitaire: une fois que le patient, placé en état d'immunosuppression, a reçu une greffe, les médecins entraînent la restauration graduelle du système immunitaire.

La recherche d'un cochon satisfaisant aux exigences relatives aux xénotransplantations a mené les compagnies pharmaceutiques à investir d'importantes sommes d'argent, ainsi qu'en témoignent l'agitation créée autour des xénogreffes et les publications qui en découlent.(4) Malgré les sérieux problèmes techniques et éthiques impliqués dans la poursuite des opérations de xénotransplantation, ces compagnies voient l'opportunité de faire des bénéfices conséquents. Pourtant, le coût humain qui pourrait résulter de telles transplantations à partir d'organes animaux est énorme. Les dons d'organes, qui sont considérés jusqu'à maintenant comme un acte d'altruisme, ne seront plus gratuits et les médicaments pour supprimer les réponses immunitaires contre l'organe étranger le seront encore moins.

L'élevage d'animaux dans des institutions hautement gardées, contrôlées afin de prévenir tout risque sanitaire, en plus des besoins en personnel hautement qualifié, des tests de laboratoires, des équipements de sécurité tels vidéo caméras et bien sur du personnel pour repousser le public qui pourrait être tenté de poser des questions, la facture sera laissée au consommateur. Les individus les plus riches joueront dans un "xénoland" et achèteront des organes d'animaux pour remplacer un foi, un rein ou un pancréas. N'oublions pas non plus de mentionner les batailles légales dans lesquelles les compagnies s'engageront pour étendre leur technologie et résoudre leurs désaccords avec les agences gouvernementales, les institutions médicales et le public.

Les humains, malheureusement, souffrent et les animaux aussi. Les animaux de laboratoire vivent l'ennui, la peur, la douleur et la solitude. En dépit des politiques implémentées pour cacher la souffrance animale dans les sous-sols hautement gardés des institutions de recherche, le journal britannique Daily Express a reporté des expériences choquantes sur des animaux conduites par une compagnie basée sur Cambridge, Imutran.(5) Des documents confidentiels filtrèrent jusqu'aux médias, et des analyses révélèrent que, selon les responsables britanniques, les animaux avaient été soumis à d'abominables souffrances. Des milliers de cochons et de babouins avaient été tués dans les 5 années précédant la fin de ces recherches et les articles publiés excluaient toute information critique relative aux données scientifiques. Des données officieuses montrèrent que la souffrance des animaux avait été sous estimée, le nombre de morts n'avait pas été reporté correctement, et les expériences avaient été faites négligemment; un quart des animaux moururent en quelques jours suite à des problèmes techniques. L'un des singes, en particulier, dut être tué parce que le chirurgien réalisa que l'organe qui devait lui être transplanté avait été par erreur congelé. Un autre singe reçu une greffe de cour de cochon au niveau du cou; la pauvre victime fut observé tenir le cour dans sa main tandis que celui-ci enflait et suintait du pus jaunâtre.

La plus belle réussite de la compagnie fut la survie pendant 39 jours d'un singe après qu'il eût reçu une transplantation. Imutran avait utilisé les services d'Huntingdon Life Sciences (HLS), un centre de recherche basé dans la même localité, pour effectuer 400 transplantations sur des primates. La compagnie parente d'Imutran est la fameuse compagnie suisse Novartis. Le gouvernement britannique arrêta le projet et Imutran annonça la relocation de ses activités dans un pays dans lequel la vivisection est mieux accueillie, aussi longtemps qu'elle peut engendrer de la rentabilité financière. Selon le directeur de la recherche à Novartis, Paul Herrling, Imutran entreprenait son déménagement tandis que Novartis continuait de pomper de l'argent pour rétablir sa filiale en coopération avec Biotransplant, une entreprise basée aux Etats-Unis.

  • 1. Thomas Brevig et al. "Xenotransplantation for CNS repair: immunological barriers and strategies to overcome them." Trends In Neuroscience (23), 8: 337-344 (2000)
  • 2. Daar A.S. "Ethics of xenotransplantation: Animal issues, consent, and likely transformation of transplant ethics." World J Surg, 21: 975-982 (1997)
  • 3. Malassagne B. et al. "La xenotransplantation, physiopathologie du rejet suraigu et différé, et perspective thérapeutiques." Pathol Biol, 48: 377-382 (2000)
  • 4. Cozzi E. and White D. "The generation of transgenetic pig as potential organ donors for humans. Nature Med 1:964-966 (1995)
  • 5. Lucy Jonhson and Jonathan Calvert. "Terrible despair of animals cut up in the name of research." Daily Express, 21. 09 (2000)

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