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Les animaux dans l'enseignement

Ma sincère gratitude va aux professeurs de sciences qui créent partout une passion pour l’étude scientifique humaine. Les grands médecins et chercheurs de demain dépendent de cela. ---Nancy L. Harrison, M.D.


INTRODUCTION

Toutes sortes d’espèces animales, incluant poissons, grenouilles, rats, requins, chiens, chats, animaux à fourrure et primates non-humains sont les sujets d’expérimentations qui font fréquemment partie de la formation d’un étudiant. Cette expérimentation animale a lieu au niveau pré-universitaire lors de l’enseignement des principes de base de la biologie, puis au niveau universitaire, dans le cadre de la formation de candidats dans de nombreux domaines, tels que la psychologie, la biologie, la médecine humaine et vétérinaire, la pharmacologie, la dentisterie, les soins de la santé, etc.

Dans certains cas, les animaux sont délibérément tués afin d’obtenir des parties de leurs corps, comme des organes, des tissus ou des cellules. Dans d’autres cas, des animaux entiers, vivants ou morts, sont mis à la disposition d’étudiants. La dissection, qui figure parmi les pratiques les plus courantes, consiste à découper un animal préalablement tué, généralement dans le but d’enseigner les structures anatomiques. L’expérimentation animale inclut également une variété de procédures effectuées sur des animaux vivants, dont la plus répandue est la vivisection, qui consiste à pratiquer une opération sur un animal vivant, généralement dans le but de lui injecter un agent chimique et d’évaluer l’effet de celui-ci sur l’organisme ou de pratiquer des techniques chirurgicales. D’autres procédures, qui peuvent ou non impliquer la mort de l’animal en question, incluent l’observation des effets de la faim ou de différentes diètes carencées sur le comportement, le développement des infections, la résistance de l’hôte, etc.

Au Canada, en 2006, le nombre d’animaux utilisés dans le cadre de l’enseignement de la formation d’étudiants au niveau postsecondaire est estimé à 101 423 (1). Ce chiffre constitue probablement une importante sous-estimation. En effet, les institutions ne sont pas dans l’obligation légale de fournir des données sur le nombre d’animaux utilisés dans l’enseignement. De plus, le nombre d’animaux qui perdent la vie au cours du processus d’approvisionnement demeure inconnu.

L’EXPÉRIMENTATION ANIMALE

Au Canada, les procédures impliquant l’utilisation d’animaux à des fins d’enseignement sont approuvées par les C omités de protection des animaux (CPA) des universités. Pour être approuvée, une procédure doit se conformer aux lignes directrices du CPA, qui correspondent généralement à celles établies par le Conseil canadien de protection des animaux (CCPA). Des méthodes alternatives devraient également être considérées avant que l’utilisation d’animaux ne soit décidée. Cependant, aucune procédure stricte n’est requise pour prouver qu’il n’existe aucune alternative valide à l’utilisation d’animaux. De plus, des procédures causant douleur et détresse aux animaux sont régulièrement approuvées par ces comités comme faisant partie de la formation de l’étudiant. Des 101 423 animaux qu’on estime avoir utilisé en 2006, 6 154 d’entre eux ont été soumis à des procédures causant une détresse ou un inconfort modéré(e) à intense; 26 828 autres animaux ont été l’objet d’e xpériences causant un stress mineur ou une douleur de courte durée.

Les chiffres cités ci-dessus pourraient s’avérer beaucoup plus élevés en réalité, puisque la douleur ou la souffrance vécue par l’animal est évaluée de manière arbitraire par ceux qui les soumettent aux expériences. De plus, selon la définition d’International Network for Humane Education, l’usage des animaux pour l’enseignement provoque indiscutablement des souffrances. Cette définition considère, en effet, non seulement les souffrances physiques, mais aussi la peur, le stress et l’inconfort causés par la capture et le transport (2). Sans oublier que les conditions de vie en captivité empêchent fréquemment la satisfaction des besoins comportementaux spécifiques à l’espèce.

Une investigation à caméra cachée menée par People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) dans une compagnie américaine de fournitures biologiques constitue un exemple frappant de la souffrance infligée aux futures victimes du système éducatif. Les images obtenues au cours de cette investigation montrent des chats tellement entassés dans leurs cages de transport que leur chair est prise dans le grillage des cages. Alors qu’ils étaient sensés trouver la mort dans une chambre à gaz, on peut constater que certains chats avaient survécu à cet horrible processus, qu’ils bougeaient encore leurs pattes (ligotées) et qu’ils mordaient les éponges qu’on leur avait enfoncées dans la bouche en prévision de l’embaumement. Les images montrent également plusieurs rats qui bougeaient frénétiquement leurs pattes, même une fois leur peau à moitié arrachée de leur corps (3).

En plus du tort causé aux animaux qui font l’objet d’expériences, l’utilisation d’animaux dans l’enseignement peut être nocive aux populations d’animaux sauvages, ainsi qu’à l’environnement. En effet, certains animaux, tels que les requins et les grenouilles, sont souvent capturés dans leur milieu naturel, ce qui peut entraîner la réduction des populations et la perturbation des écosystèmes (4).

IMPACT SUR LES ÉTUDIANTS

Les conséquences néfastes de l’expérimentation animale sur les étudiants et l’environnement où se déroule l’enseignement ne devraient pas être négligées. Les étudiants qui n’approuvent pas cette pratique se retrouvent souvent déchirés entre ce qu’ils croient être leurs deux seules options : soit participer à l’activité qu’ils désapprouvent, tout en essayant de refouler leurs sentiments et de se dissocier de l’acte qu’ils posent (avec les répercussions psychiques potentiellement désastreuses que cela implique) (5), soit sélectionner un domaine d’études dans lequel ils ne seront pas confrontés à de telles activités. Quoique moins préjudiciable du point de vue psychologique, cette dernière option a pour résultat la perte dramatique d’étudiants motivés, dotés d’une bonne pensée critique et qui ont un haut degré de respect pour la vie.

Les étudiants qui n’ont pas d’objection à l’utilisation d’animaux sont également soumis aux conséquences néfastes d’un « curriculum caché » (6). En effet, en recevant leur enseignement dans un environnement où les animaux sont considérés comme de simples outils d’apprentissage et où la mise à mort est banalisée, les étudiants se font à l’idée qu’il est acceptable, et même parfois encouragé, d’utiliser et de mettre à mort des êtres sensibles dans le seul but de satisfaire des intérêts humains. Ceci contribue à former des attitudes qui n’affecteront non seulement les choix de vie personnels des étudiants, mais aussi leurs futures carrières. Par exemple, plusieurs études menées sur des étudiants en médecine vétérinaire démontrent que l’utilisation d’animaux à qui l’on cause des souffrances engendre un mécanisme de désensibilisation (7, 8), ce qui n’est certainement pas en accord avec les intérêts de leurs futurs patients. De plus, les chercheurs qui ont pratiqué l’expérimentation animale lors de leurs études sont plus susceptibles de perpétuer l’utilisation d’animaux pour la recherche au lieu d’avoir recours à des alternatives. Par conséquent, tout organisme de règlementation concerné par la réduction du nombre d’animaux utilisés dans la recherche scientifique devrait fortement favoriser l’utilisation de méthodes alternatives dans l’enseignement.

LES ALTERNATIVES

Il n’est pas nécessaire d’avoir recours à l’expérimentation animale pour acquérir les connaissances théoriques et pratiques nécessaires à sa future carrière. En effet, l’exploration de différentes approches pédagogiques et le développement de nombreux outils pédagogiques alternatifs peuvent remplacer l’utilisation d’animaux à des fins d’enseignement. Ces alternatives incluent les modèles informatiques, les vidéos, les vidéos interactives, les simulateurs, les modèles en plastique, les cadavres provenant de sources éthiques, etc. et sont disponibles pour tous les domaines d’enseignement qui utilisent habituellement des animaux. Le travail avec des animaux vivants à qui on ne cause aucun tort peut également faire partie du curriculum (9, 10). Le livre FromGuinea Pig to Computer Mouse publié par International Network for Humane Education, rapporte plusieurs études de cas portant sur l’emploi de méthodes alternatives dans de nombreuses institutions d’enseignement et propose une liste de plus de 500 alternatives classées par domaine d’étude (11).

Les méthodes alternatives à l’expérimentation animale sont de plus en plus populaires auprès des enseignants à travers le monde, ainsi qu’auprès des étudiants qui s’opposent à l’expérimentation animale dans le cadre de leur formation. Le coût de ces alternatives varie, mais la plupart d’entre elles sont disponibles à des prix raisonnable et sont rentables au long terme (12). Leur efficacité, qui a fait l’objet de nombreuses études (13), est soulignée par le nombre croissant d’étudiants, dans tous les domaines, formés sans recours à l’utilisation d’animaux grâce à ces alternatives.

L’OBJECTION DE CONSCIENCE: LE DROIT DE DIRE “NON”

De plus en plus d’étudiants à travers le monde refusent de participer aux pratiques qu’ils condamnent sur des bases éthiques. Au Canada, quelques articles récents ont fait part de l’objection d’étudiants à l’expérimentation animale (14, 15), soulevant ainsi une question habituellement peu médiatisée et pourtant familière à de nombreux individus. Comme dans la plupart des autres pays, seule une petite minorité d’institutions d’enseignement canadiennes ont une politique officielle concernant l’objection de conscience à l’expérimentation animale, qui permet aux étudiants de refuser de la pratiquer et d’avoir accès à des alternatives. Malgré cette lacune, les étudiants ont le droit de dire « non », peu importe le domaine d’études qu’ils ont sélectionné. En effet, les droits civiques et étudiants sont protégés par l’article 2 de la Charte canadienne des droits et libertés (1982), qui garantit à tout citoyen canadien la «  liberté de conscience et de religion » ainsi que la « liberté de pensée, de croyance, d'opinion et d'expression ». Les étudiants qui s’opposent à l’expérimentation animale n’ont donc pas à compromettre leur principes éthiques et /ou religieux pour avoir accès à un enseignement de qualité.

L’application de ces droits et libertés dépend toutefois des rapports entre le gouvernement et l’université ou autre institution dans laquelle l’étudiant est inscrit (comme c’est le cas pour le premier amendement de la constitution américaine) (16). Pour se prévaloir de cet article de la Charte, l’université dans laquelle il/elle est inscrit(e) doit être considérée comme un acteur gouvernemental. Les tribunaux sont parfois prêts à considérer les universités comme des acteurs gouvernementaux en raison de leur mécanisme de financement. Ceci fait appel à l’article 15 de la Charte, qui interdit toute discrimination fondée sur la religion ou les croyances. Un jugement de la Cour suprême du Canada suggère que, dans certains cas, les universités sont considérées comme des acteurs gouvernementaux, et que, dans d’autres cas, elles sont considérées comme des agents privés. (17)

PERSPECTIVES FUTURES : LA TRANSITION VERS UN ENSEIGNEMENT ÉTHIQUE DE HAUTE QUALITÉ

À notre connaissance, aucune université canadienne n’a de politique officielle en matière d’objection de conscience à l’expérimentation animale. La réticence envers les méthodes alternatives est largement répandue en raison de droits acquis ou d’un désir d’adhésion au statu quo trop confortable. Cependant, cette situation est en train de changer graduellement, quoique lentement. Un sondage effectué par le groupe Physicians Committee for Responsible Medicine (PCRM) a révélé que, sur les seize universités canadiennes offrant une formation en médecine, onze d’entre elles n’avaient plus recours à l’utilisation d’animaux vivants dans leurs curriculums d’enseignement (18). Des contacts récemment établis au sein de différentes universités canadiennes ont également révélé que la question de l’objection de conscience à l’expérimentation animale est prise au sérieux et la majorité des enseignants contactés se disent prêts à accommoder les étudiants qui souhaitent des méthodes alternatives, sur une base de cas par cas. Évidemment, ceci n’est pas suffisant.

Plusieurs universités et autres institutions d’enseignement à travers le monde permettent à leurs étudiants d’avoir accès à l’enseignement de leur choix sans les contraindre à participer à l’expérimentation animale et ainsi compromettre leurs principes éthiques (19). Récemment, une université américaine a mis sur pied un programme de médecine vétérinaire qui adhère explicitement à une philosophie de respect pour toutes les formes de vie et qui, par conséquent, rejette toute forme d’utilisation d’animaux qui occasionne de la souffrance. Cela concerne non seulement les étudiants qui s’y opposent, mais tout étudiant inscrit au programme (20). Il s’agit là d’une alternative positive menant à un enseignement éthique et de haute qualité qui contraste avec l’option du retrait traditionnel (sous forme de l’objection de conscience).

Avec la quantité d’alternatives modernes et efficaces auxquelles nous avons présentement accès et les résultats d’études scientifiques démontrant les conséquences nocives de l’expérimentation animale non seulement sur les animaux eux-mêmes, mais aussi sur les étudiants et l’environnement où se déroule l’enseignement, la seule évolution possible est de se diriger vers un enseignement éthique. Le Canada saura-t-il montrer l’exemple au reste du monde en matière de défense des animaux et de qualité de l’enseignement en prenant position sur cette question?

References:

  • (1). Statistics from the Canadian Council on Animal Care http://www.ccac.ca
  • (2). Policy on the Use of Animals and Alternatives in Education. International Network for Humane Education (InterNICHE) http://www.interniche.org/policy.htm
  • (3). The PETA guide to animals and the dissection industry http://www.petakids.com/lanimaldisindust.pdf
  • (4). The Use of Animals in Higher Education. J. Balcombe, Humane Society Press, pages 32-33.
  • (5). The psychological effect on students of using animals in ways that they see as ethically, morally and religiously wrong. T. Capaldo, NEAVS, 2001.
  • (6). The Hidden Values: Ethics and the Use of Animals in Education. Thales Trez, Master Degree Thesis, University of Leuven, 2001.
  • (7). Vets learn to be hard, 10 March, 2000, BBC news http://news.bbc.co.uk/hi/english/sci/tech/newsid_673000/673033.stm
  • (8). Psychological Issues in the Educational Use of Animal Experimentation, V. Pomfrey, BSc (Hons), Dip. Nat. Sci.
  • (9). Ethical surgery training for veterinary students. D. Smeak. In: From Guinea Pig to Computer Mouse, InterNICHE, p. 117-123.
  • (10). A pedagogically sound, innovative, and humane plan for veterinary medical education. L. Rasmussen, R. Robinson, G. Johnston and S. Johnston. In: From Guinea Pig to Computer Mouse, InterNICHE, p. 125-133.
  • (11). From Guinea Pig To Computer Mouse. International Network for Humane Education.
  • (12). The Use of Animals in Higher Education. J. Balcombe, Humane Society Press, pages 45-46.
  • (13). The Use of Animals in Higher Education. J. Balcombe, Humane Society Press, pages 41-42.
  • (14). A young man finds courage in conviction, by Chris Mason, The Ottawa Citizen, January 26, 2004.
  • (15). Vegan has beef with policy, by Astrid Poei, March.02.2004, The Eyeopener Newpaper, Ryerson university.
  • http://www.theeyeopener.com/storydetail.cfm?storyid=991 (16). Vivisection and Dissection in the Classroom: a guide to conscientious objection. G. L. Francione and A. E. Charlton, American Anti-Vivisection Society, 1992.
  • (17). McKinney v. University of Guelph http://www.canlii.org/ca/cas/scc/1990/1990scc121.html
  • (18). Based on this survey, the universities still using animals are: the University of British Columbia, Memorial university of Newfoundland, the University of Western Ontario; Queen's university and University Laval didn't answer the survey.
  • (19). Examples of institutions having conscientious objection policies or dissection policies allowing students to object: Murdoch university (Australia), Wollongong University (Australia), University of Illinois (US), Sarah Lawrence College (US)
  • (20). College of Veterinary Medicine, Western University of Health Sciences http://www.westernu.edu/veterinary/principles.xml

    HELPFUL RESOURCES

    WEBSITES:

    Animal Alliance of Canada: www.cruelscience.ca

    International Network for Humane Education (InterNICHE): www.interniche.org

    Students Improving the Life of Animals (SILA): www2.uiuc.edu/ro/sila/

    New England Anti Vivisection Society: www.neavs.org

    The American Anti Vivisection Society (AAVS): http://www.aavs.org http://www.humanestudent.org/

    Conscientious objection ressources:

    www.LearningWithoutKilling.info

    Alternatives databases:

    NORINA database: www.oslovet.veths.no

    CONVINCE database: www.convince.org

    EURCA Alternatives database: www.eurca.org

    Association of Veterinarians for Animal Rights alternatives database: www.avar.org

    From Guinea Pig To Computer Mouse, 2nd Edn, N. Jukes & M. Chiuia, 2003. International Network for Humane Education, 520 p.

    Alternatives Loan systems:

    InterNICHE: www.interniche.org

    Animalearn: www.animalearn.org

    Alternative Resource Center, Ethical Science and Education Coalition (ESEC): http://www.neavs.org/esec/

    Humane Education Loan Program (HELP): http://www.hsus.org/ace/11378

    BOOKS / ARTICLES:

    • From Guinea Pig To Computer Mouse, 2nd Edn, N. Jukes & M. Chiuia, 2003. International Network for Humane Education, 520 p. Available in several languages and soon downloadable from www.interniche.org Hard copies can be obtained by contacting the InterNICHE national contact for Canada at: interniche_ca@yahoo.ca
      A video Alternatives in Education: New Approaches for a New Millenium (EuroNICHE, 1999, 33 minutes) is also available from www.interniche.org
    • The Use of Animals in Higher Education. J. Balcombe, 2000. Humane Society Press, 104 pages. Can be downloaded for free from www.hsus.org
    • Vivisection and Dissection in the Classroom: a guide to conscientious objection. G. L. Francione and A. E. Charlton, American Anti-Vivisection Society (AAVS), 1992. Available from AAVS.
    • Learning without killing: a guide to conscientious objection, A. Knight, 2002. Can be downloaded for free from www.interniche.org, www.avar.org
    • Non-violence in surgical training, by N.C. Buyukmihci, Professor of Ophtalmology. Can be downloaded for free at: www.avar.org/surgical_training.pdf

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