Un pourcentage insignifiant de la recherche sur les animaux dans les universités, les instituts et les compagnies (modèles de maladies humaines, tests de toxicité, sciences fondamentales pour étudier un principe biologique) va permettre de faire avancer une connaissance utile à la santé humaine. Est-ce que le coût financier, humain et moral ne mérite-il pas que l'on s'intéresse à d'autres méthodes ou d'appliquer davantage celles qui ont le plus de validité? Ce volume de recherche qui va finir dans la poussière des bibliothèques et l'oubli est peut-être nécessaire, mais à quel prix ? Certains des principes testés chez les animaux seront testés chez des sujets humains et il est bien connu que dans 80% des cas, ces tests seront un échec. Devrions-nous nous satisfaire de 20% de réussite. Voudriez-vous qu'une compagnie aérienne vous propose de vous emmener à votre destination avec une chance de succès de 20% seulement?
Au moins 80% de ces tests cliniques ne mènent à rien de concluant, il reste que 20% des drogues sont évaluées par les autorités et à la fin du processus, 5% (des 20%) iront sur le marché. Par exemple, sur 1000 molécules qui sont testées, une seule finira sur les étagères des pharmacies et une étude de la FDA montre que 50% des ces drogues doivent être ensuite retirées du marché ou réétiquetées à cause d'effets secondaires imprévus. Cela prend 7 ans en moyenne et plusieurs centaines de millions de dollars pour mettre au point un médicament.
Il faut savoir que les industries se passeraient bien des tests sur les animaux mais la loi les y oblige. Cela leur permet tout de même de réduire leur responsabilité légale si un médicament fait des victimes ; l'industrie peut faire valoir l'argument que les tous tests sur les animaux furent conduits, même s'il est certain qu'ils ne pouvaient pas permettre d'anticiper tous les risques. Il faut savoir qu'aux États-Unis, la FDA reçoit pour chaque dossier une commission substantielle qui sert à payer ses frais de fonctionnement, ce qui explique sans doute que les inspecteurs consciencieux qui relèvent des erreurs dans les dossiers, pour ne pas dire les fraudes, sont priés par leurs supérieurs de se taire.
Une telle préoccupation avec ces tests sur les animaux de laboratoire ne donne pourtant que peu de résultats valides. Il y a des scientifiques qui assurent qu'il n'est pas possible de faire mieux, que les alternatives ne peuvent pas remplacer les tests sur les animaux et que le système qu'ils défendent n'est pas parfait mais qu'il permet néanmoins de mettre sur le marché des médicaments sains. Nous pourrions faire bien mieux que cela.
Sans les tests sur les animaux, les résultats seraient plus précis et il y aurait une économie des ressources, mais aussi de meilleurs médicaments arriveraient sur le marché. Il y a des techniques très avancées qui permettent la modélisation moléculaire et les analyses de structure et d'activité, il existe des tests sur le tissu humain, sur les lignées cellulaires et maintenant sur les cellules souches.
Evidemment, il reste beaucoup de progrès à faire dans l'organisation de la collecte et la distribution du tissu humain pour des buts de recherche. Si une drogue semble donner des résultats satisfaisants d'après les études in vitro sur le tissu humain, les résultats doivent être confirmés sur des sujets humains (organisme entier), sur des volontaires qui ont signé un avis de consentement éclairé. Des doses graduelles du médicament peuvent être données alors sous contrôle clinique. La technologie d'aujourd'hui nous permet de mesurer de multiples paramètres vitaux jusqu'aux premiers signes de toxicité. C'est cette méthodologie qui permettra d'améliorer le développement des drogues et la recherche biomédicale en générale. Le fait de tester des substances chimiques sur les animaux ne donne pas d'assurance, juste des indications dont la valeur est subjective. D'autres méthodes plus fiables et plus objectives existent. En définitive, que l'on exige ou non des tests sur les animaux pour se rassurer psychologiquement, le vrai cobaye, ce sera vous.
Aujourd'hui, les compagnies pharmaceutiques investissent plus d'argent dans la publicité que dans la recherche et le développement. L'innovation est difficile et mettre sur les marchés de bons médicaments est une longue et coûteuse procédure et la compétition est féroce. Les enjeux sont tels que la Grosse pharma n'oublie pas, sous une fausse allure de philanthropie, de distribuer des médicaments gratuitement aux pays pauvres pour mieux les asservir ensuite et s'opposer à la distribution des génériques, bien moins chers. Pourquoi la Grosse pharma finance t-elle les campagnes électorales des politiciens ? Sans doute que ces derniers, en retour, voteront les législations qui permettent à la celle-ci d'étendre son contrôle sur nos vies.
Qu'arrive t'il aux milliers de formulations chimiques qui sont testées et abandonnées car incapables de soigner la migraine, l'érection, la toux, le rhume des foins, la chute des cheveux et autres petites inconvenues de l'homme moderne? Les compagnies les gardent sous le seau du secret. C'est la loi du marché et de la compétition, ce qui implique que des composés identiques sont testés de manière redondante sur encore plus d'animaux.
La plupart des effets secondaires, qui sont décelés chez les sujets humains ne peuvent pas être mis en évidence chez les animaux de laboratoire, soit par l'administration de fortes doses de produits chimiques soit par une longue exposition à ceux-ci. Les maladies de l'homme sont le résultat de l'action de multiples facteurs environnementaux et génétiques qu'il n'est pas possible de recréer chez les animaux, de même les réponses aux drogues sont différentes. La validité des expériences sur l'animal pour prédire les réactions adverses a été évaluée. Par exemple, les effets de six composés dont 78 sont connus chez le chien et le rat ont été comparés aux effets détectés chez l'homme. Moins de la moitié seulement des effets secondaires avait correctement été prédite. Clin Pharmacol Ther 1962; pp665-672
De 198 drogues réévaluées par la FDA, 102 (52%) furent réétiquettées ou retirées à cause des effets secondaires qu'elles produisaient. GAO/PEMD-90-15 FDA Drug Review:Postapproval Risks 1976-1985
Et puis une autre étude montra qu'après analyse de 45 drogues en 1978, des effets secondaires trouvés chez les animaux de laboratoire, 75% n'apparaissaient pas chez l'homme. AP Fletcher in Proc R Soc med, 1978;71, 693-8
Entre 1978 et 1988, 25 composés furent utilisés pour traiter les attaques cérébrales chez les animaux (ce qui est bien surprenant, car il n'y a pas de modèle de ce type chez l'animal). Il fut démontré qu'aucun de ces composés n'avait d'effets chez les sujets humains. Cerebrovascular Diseases 1979, Raven, 87-91
Les molécules anticancéreuses sont des composés en générale très toxiques et associés à des effets secondaires marqués, malgré leur utilité clinique. Comment ont-ils pu atteindre la pharmacie? Basé sur les tests animaux, on peut dire que ces produits n'auraient sans doute pas été approuvés. Cependant l'analyse des risques et des bénéfices semble favoriser l'utilisation de ces molécules, qui permettent de survivre au cancer avec une chance raisonnable de survivre aux effets secondaires. Ceci n'a pas pu être déterminé grâce aux tests sur les animaux et maintes fois les résultats des tests sur les animaux ont créer bien de la confusion et beaucoup de faux espoirs.
Le domaine de la chimiothérapie débuta par chance quand l'actinomycin-D fut étudiée chez des sujets humains. Celle-ci tomba en disgrâce car elle était sans effet chez la souris et mortelle chez les primates non-humains. Les cyclophosphamides furent dérivées des gaz moutardes utilisés pendant la première guerre mondiale (il est vrai qu'une guerre n'est pas le contexte idéal de trouver des médicaments.) Beaucoup d'autres agents thérapeutiques de ce type ont été découverts grâce aux observations cliniques et à la recherche in vitro sur du tissu humain car il est bien connu que les résultats obtenus chez la souris ne sont pas fiables. Basé sur ces tests, la tamoxifène n'avait pas de rôle comme contraceptif chez l'animal, mais la recherche in vitro, au départ, montra que c'était une molécule anticancéreuse. Les tests sur la souris confirmèrent ce résultat, puis l'effet fut validé chez les sujets humains souffrant de cancer du sein.
La cisplatine fut dérivée d'un travail en physique fondamentale sur les sels de platine. La méthotréxate court-circuita les tests sur les animaux. Après l'introduction des tests systématiques sur les animaux dans les années 1960, ces tests étaient souvent la répétition d'expériences faites sur l'homme auparavant. Quel est l'intérêt de prouver chez l'animal, un principe observé et bien documenté chez l'homme quand le but ultime et de connaître la biologie humaine? Les chercheurs disent qu'il est possible d'étudier sous toutes ces facettes ce principe, s'il est aussi présent chez l'animal. Le problème est de trouver le bon modèle (rat, souris, chat, chien ou singe ?) puis d'extrapoler (un peu comme prévoir le temps qu'il fera dans les prochains jours), puis de se fier à des données qu'il faudra ensuite valider chez l'homme.
Dix-neuf entités chimiques causant un cancer oral chez l'homme, furent étudiées chez les les rats et les souris. En utilisant les protocoles standards de l'Institut National du Cancer, aux États-Unis, 12 furent sans effets nocifs chez les animaux.
Fund Appl. Toxicolo 1983;3:63-67
D'autres expériences sur les rats et les souris montrent que des entités chimiques testées causant le cancer chez le rat, 46% sont inoffensives chez la souris. Inversement, les souris développèrent un cancer à cause d'entités chimiques, qui n'affectaient pas les rats. FJ Di carlo, Drug Met Rev, 1984;15:409-13, E Efron, The Apocalyptics, Simon & Schuster, NY 1984
Au moins 500,000 produits furent testés dans les années 1960, aux États-Unis, dans le but d'identifier des molécules anticancéreuses. De cette opération gigantesque, 18 drogues furent identifiées d'après les tests sur les animaux. De ces 18 molécules, 12 furent utilisées pour des applications cliniques et toutes ces drogues avaient une structure qui aurait pu être prédite d'après celle des molécules anticancéreuses déjà identifiées auparavant. Il faut se rappeler que les nouvelles molécules sur le marché sont toutes dérivées d'autres molécules proches d'un point de vue structural.
Il y a des preuves multiples montrant que les tests sur les animaux ne permettent pas de prédire les phénomènes physiologiques et les paramètres pharmaco-toxicologiques chez l'homme. Le système actuel est dangereux, car il est basé sur un empirisme, une profession de foi, qui n'a jamais été évalué scientifiquement. Une confiance trop grande dans le modèle animal empêche la mise sur le marché de produits utiles, sains et des traitements efficaces. Il est vrai que dans le passé, grâce à une contribution modeste de l'expérimentation animale, des traitements médicaux efficaces ont vu le jour. Pourtant cela ne doit pas justifier, présentement, une recherche biomédicale basée sur le modèle animal.
L'échec du modèle animal, qui apparaît de plus en plus évident à mesure que les progrès de la biologie cellulaire et moléculaire avancent, provient de la simple observation suivante : les humains et les autres animaux sont différents de manière physiologique, anatomique, psychologique et génétique. Ils ont avec nous des points communs, certes, qu'il est inutile de nier. Ce brassage complexe d'une multitude de formes de vie est le résultat de millions d'années d'évolution et ne pas reconnaître les différences majeures entre les organismes vivants, au profit des dogmes du 19ème siècle, revient à négliger les fondations même de la vie que la recherche moderne veut dévoiler.
La vivisection, dans un but médical, est davantage une profession de foi qu'une science, qui déshumanise les chercheurs et les rendent indifférents à la vie animale. C'est le respect de la vie qui doit être l'éthique du biologiste de demain et c'est cette déontologie qui doit le guider dans le choix de ces méthodes de recherche.
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