CAHR logo

 




UNE BRÈVE HISTOIRE DE LA RECHERCHE BIOMÉDICALE :

Le chemin difficile de la médecine.

"Sache la cause de tout grief ; les Grecques l'appellent 'insatiabilité', et les autres 'l'avidité' pour plus." Alieus Nicon (Père du médecin romain Galen)


L’utilisation des animaux en science est une vieille tradition et certaines traditions ont du mal a disparaître. Ci dessous le lien vers notre présentation EN IMAGES.

Les premières observations systématiques qui peuvent être analysées à partir des restes d'anciens documents remontent aux temps classiques, lorsque Aristote (384-322 av. J.C.) souligna l'importance de l'interdépendance entre l'âme et le corps. Basé sur ses observations, il conclut que les animaux étaient pour le bénéfice de l'homme. Hippocrate (400 av. J.C.) pensait qu'il n'y avait pas de frontière entre la médecine et la philosophie. Aristote tirait ses conclusions au sujet des êtres vivants d'après les observations et non pas tant de cogitations philosophiques. De plus, la croyance selon laquelle le déséquilibre de quatre éléments (terre, feu, eau et air) était responsable des maladies était commune.

Cinq siècles après Aristote, le médecin et philosophe Galen vint au monde à Pergamum en l'an 129 après Jésus-Christ. Galen pratiqua en maître l'art de la dissection sur beaucoup d'animaux vivants, mais comme Aristote, ses dissections ne comprenaient pas l'étude du corps humain. En ce temps, les sentiments religieux empêchaient la dissection des corps, une tradition que protégeait le système légal romain et qui continuera pendant le Moyen-Âge. Dans son traité sur la physiologie, il donne à Dieu un rôle de créateur à la fois du corps et de l'esprit, gouverneur du vivant, de ses forces et de ses faiblesses, de la santé comme des maladies. Il va donner à la médecine une aura religieuse qui ne la quittera plus pendant des siècles, et qui ira conquérir les écoles jusqu'à la période Renaissance dans toute l'Europe de l'Ouest.

La vivisection n'était pas très populaire pendant le Moyen-Âge, période frappée par l'obscurantisme religieux et le retrait de la culture dans de nombreux domaines. Par contre durant la Renaissance, les travaux de Galen, Hippocrate, Dioscorides et Celsus furent nouvellement traduits en latin et devinrent très populaires ; les temps classiques inspiraient toute une génération de penseurs poussés par le désir de chercher la vérité.

Avant William Harvey (1578-1658), beaucoup d'arguments provenant d'éminents anatomistes remettaient en question la logique du schéma galéen, concernant la circulation du sang, qui restait un mystère depuis lors. Le passage du sang dans les poumons était une controverse et Réaldus Colombus (1516-1559) avançait le manque de porosité dans le septum inter ventriculaire du cour pour expliquer le cloisonnement des ventricules. Finalement, il proposa que le sang passait du cour droit au cour gauche grâce à la circulation pulmonaire. D'autres anatomistes pensèrent que l'artère pulmonaire était remplie de sang et non pas d'air et que la valve mitrale permettait le passage du sang dans une seule direction. Les théories de Galen commençaient à céder sous les coups des anatomistes mais la rébellion coûta la vie à Servantes en 1553, lorsqu'il exprima publiquement ses idées sur la circulation du cour. Il fut brûler sur la place de Genève après avoir été jugé un hérétique par l'Église calviniste.

Andréas Vésalius (1514-64) était un anatomiste belge et un médecin dont les dissections du corps humain allaient corriger les erreurs accumulées par le passé. Il écrivit le célèbre 'De Humani Corporis Fabrica,' qui comprenait sept volumes sur la structure du corps humain. Cela lui valut d'être pourchassé par les fanatiques religieux et il dut fuir l'Université de Padoue, Italie, en 1546. Basé sur ses vivisections, Harvey William Harvey publia ses théories en 1628 dans son ouvrage 'On the Motion.' Harvey préférait faire des dissections sur des animaux d'espèces différentes dans le but de vérifier les thèses introduites dans les livres scolaires de son temps. La circulation du sang était connue en Chine depuis longtemps, mais Harvey l'élucida de manière expérimentale grâce à l'expérimentation animale, ce qui aurait pu être démontré par des observations anatomiques sur des cadavres.

En 1637, René Descartes, un philosophe français, accepta les idées d'Harvey sur la circulation du sang puisqu'il voyait un lien évident avec ses théories mécanistes de l'homme en tant que machine. René Descartes vint à défendre que les animaux n'avaient pas d'esprit ou d'âme et ne pouvaient donc pas avoir de conscience. Puisque les animaux n'avaient pas de langage, ils ne pouvaient avoir d'émotions ni de sentiments et ne pouvaient pas souffrir. Descartes, malgré un esprit brillant, avait une théorie totalement incorrecte qu'il n'aurait sans doute jamais formulée, s'il avait passé plus de temps à observer les animaux, plutôt qu'à théoriser à leur sujet. Cette théorie donnait à l'Église une explication rationnelle qui justifiait l'utilisation cruelle des animaux par l'homme ; cela n'est donc pas un crime de les brutaliser puisqu'ils ne peuvent souffrir. Cette théorie fut ridiculiser par de nombreux intellectuels, en particulier Voltaire, mais l'influence des sentiments religieux était forte et la croyance se répandit tel un cancer en Europe.

La pratique de la vivisection continua jusque dans la fin du dix-neuvième siècle et elle devint l'instrument des pires abominations commises contre le règne animal. La réaction des protecteurs des animaux commença à se faire entendre dès le dix-huitième siècle et émergea en Grande-Bretagne pour se développer ailleurs en Europe. Contrairement aux idées mécanistes de Descartes, les cognitivistes tel le philosophe français Pierre Gassendi, durant le dix-septième siècle, pensaient que les animaux étaient semblables aux humains dans leur capacité à souffrir puisqu'ils avaient les mêmes organes sensoriels. Charles Darwin n'aimait pas la vivisection bien qu'il ne l'eût pas condamné publiquement. Néanmoins, il expliquait que les animaux sont différents non pas par leur nature mais par degré seulement. Il comprit que s'il y avait une continuité physique évidente entre les espèces animales, elle ne pouvait se faire sans une continuité psychologique commune. Darwin s'attira les foudres des hommes d'église quand il proclama que l'homme descendait du singe, par à un processus qu'il nomma l'« Évolution. »

Après le dix-septième siècle, en dépit du mouvement pour la défense des animaux, la vivisection continua au sein de quelques fraternités d'expérimentateurs surtout en France, mené par François Magendie et Claude Bernard qui allaient faire de la vivisection un art de l'agonie et de la mort lente. Ils donnèrent à la science expérimentale son aura et développèrent une nouvelle méthode pour expliquer le monde vivant. Pendant des années, on croyait que les phénomènes qui régissent la vie étaient d'un autre ordre que ceux qui président aux choses inanimées. Le 'Vitalisme' était utilisé pour rendre compte des mécanismes biologiques du vivant ; une force vitale, de nature imprécise intervenait. Depuis l'antiquité, différentes forces participaient aux mouvements des corps organiques et inorganiques. Dans la première catégorie, les forces vitales sont la cause de l'ordre et de la mesure, qui permettent aux organes d'assurer leur fonction dont le but de maintenir la vie. Dans la seconde, les lois de la physique expliquent les phénomènes liés à la sphère inorganique. Les lois vitalistes et les lois de la physique agissent en opposition pour que le corps s'anime et possède ses qualités extraordinaires. Ceci était une charmante théorie, mais il fallait la prouver au yeux des expérimentateurs.En butte aux préjudices de son temps, Magendie rejeta le vitalisme et s'efforça d'apporter des preuves pour supporter une théorie quelconque.

Dans ce contexte, Magendie décida d'utiliser une méthode plus objective, basée sur l'expérimentation, l'observation et l'analyse des résultats pour en tirer des lois. Malheureusement, sa méthode allait être testée sur les animaux vivants. Magendie était intéressé par les propriétés mécaniques des vaisseaux sanguins, mais il ne put prouver la constriction. Le mécanisme de coagulation et les tests de transfusion sanguine l'intriguèrent sans pourtant qu'il obtienne de succès. Il faudra en effet presque deux siècles de plus pour parvenir à comprendre les types sanguins et le rôle des cellules sanguines dans l'immunité. Ses études de l'effet des drogues sur les animaux encouragèrent l'introduction du curare, de la morphine et de la strychnine dans la pratique médicale, bien que ces substances aient été utilisées pendant des siècles auparavant. In 1822, il confirma de manière expérimentale les observations faites par le médecin et anatomiste écossais Charles Bell, selon lesquelles la racine antérieure véhicule l'information motrice tandis que la racine postérieure transmet l'information sensorielle.

À son tour Pasteur, arriva sur la scène des sciences. Au départ chimiste, il encouragea des changements majeurs dans les hôpitaux qui visaient à réduire la dispersion des microbes. En ce temps là, les chirurgiens et les docteurs passaient d'une opération à une autre sans ce soucier vraiment des microbes qu'ils transportaient d'un malade à un autre, ce qui se traduisait par une mortalité effrayante chez les patients. Ils ne croyaient pas aux microbes infectieux. L'application des premières techniques d'asepsie, de stérilisation, d'anesthésie et des antibiotiques (qui ne doivent rien à l'expérimentation animale) allait contribuer aux succès des chirurgies. Les microorganismes comme les virus ne pouvaient se voir en microscopie optique. (Le virus du SIDA a été identifié grâce au microscope électronique, bien plus tard) Un geste aussi simple que celui de se laver les mains après une auscultation, qui est à la base de toute bonne hygiène, était considéré avec mépris et vu comme une sorte de maniérisme ou un rituel bizarre. Pasteur reprenant les travaux de ses prédécesseurs, allait découvrir qu'une forme atténuée d'un microbe virulent pouvait transmettre une protection ou une immunité à l'organisme qui le recevait.

C'est ainsi qu'il mit au point un vaccin qui sauva l'élevage français de l'anthrax qui décimait les troupeaux mais pas les hommes. La vaccination, les microbes, tout cela était connu bien avant Pasteur mais sa perspicacité et sa force de travail le conduisirent à comprendre l'importance des microorganismes dans les maladies. Auparavant, Jenner Edward testa son vaccin, qu'il obtint d'une vache souffrant de variole, sur des humains souffrant d'une autre forme de variole en 1796 et avec succès. Les fermiers au contact de vaches malades n'étaient pas malades eux-mêmes, car ils étaient protégés contre la variole. Quelque chose présent chez la vache conduisait à une immunité chez l'homme. Heureux hasard, l'agent qui cause la variole chez la vache est inoffensif chez l'homme sans quoi son expérience aurait été un désastre. Par contre, le système immunitaire de l'homme va reconnaître une séquence de protéine que porte le virus chez la vache, ceci est suffisant pour induire une protection contre la souche mortelle chez l'homme. Le principe en va de même pour d'autres vaccins (tuberculose, hépatite), qu'il est possible de créer à partir de microorganismes d'animaux. Bien entendu, Pasteur ne pouvait d'un point de vue technique voir le virus qui cause la rage chez les animaux. La rage est une maladie très rare chez l'homme. Anton van Leenwenhoek (1632-1723) découvrit le microscope et logiquement fut le premier à voir le monde des microorganismes.

Pasteur est surtout reconnu comme l'inventeur du vaccin contre la rage, qui à son époque ne pouvait être identifié formellement chez les patients victimes de morsures d'animaux. Beaucoup de patients ont reçu le vaccin de Pasteur et il est certain que le vaccin était virulent et causait la rage chez des gens qui ne l'avaient pas. Il n'est d'ailleurs pas prouvé que le jeune Joseph Meister avait contracté la rage au moment où il reçut le vaccin et peut-être il dut sa survie simplement parce que le vaccin de Pasteur ne l'avait pas tué! En tout cas, la survie du garçon assura le triomphe de Pasteur et de l'Institut qui porte son nom. Aujourd'hui, le vaccin contre la rage n'est pas donné de manière prophylactique aux humains, parce qu'il est trop dangereux à manipuler chez l'homme. De plus, les cas de rage chez l'homme sont rarissimes. Evidemment les vivisecteurs se gardent bien de rappeler ces détails. Enfin, Pasteur développa la pasteurisation qui consiste à éliminer les microbes susceptibles d'altérer les aliments par un passage rapide à haute température. Un des mérites de Pasteur qui, sensible, n'aimait pas faire des trous dans la boite crânienne des chiens pour y injecter le virus, est d'avoir compris qu'un microbe atténué perd sa virulence mais garde son caractère immun, ce qui est à la base de la vaccination. Il développa d'autres vaccins qui firent le bonheur des éleveurs de poules, de moutons et de porc.

Avec l'introduction de nouveaux concepts, de nouvelles théories qui doivent certainement à l'expérimentation animale, puisque de rigueur partout en Europe au 19ème siècle, comme la théorie cellulaire du pathologiste allemand Rudolf Virchow, prononcée une année avant l'apparition du livre de Darwin « On the Origin of Species, », la cellule est le lieu initial de la maladie, puisqu'une cellule normale peut devenir pathologique. Ainsi, les plantes et les animaux possèdent des propriétés communes. Il en découle que les cellules animales peuvent très bien remplacer les cellules humaines pour comprendre les maladies. Cette idée de mimétisme cellulaire à ses limitations ; de nos jours les scientifiques reconnaissent que les cellules animales et humaines, bien que semblables à l'échelle microscopique, ne le sont plus à l'échelle moléculaire. C'est ce que la biologie moderne nous enseigne. A partir de la fin du 19ème siècle, l'Europe commence à perdre de son aura scientifique au profit des Etats-Unis qui voit l'émergence d'une élite scientifique qui va dès lors mettre en place les fondations des sciences biomédicales. C'est alors que les expérimentateurs et les politiciens américains vont élever l'expérimentation animale à un degré jamais égalé avant.

Aristotle.
The School of Athens by Raphael

Galen (130-201 AD)

William Harvey (1578-1657)

The influence of René Descates (1596-165

Claude Bernard (1813-1873)

Louis Pasteur (1812-1895)

 

DHTML Web Menu by OpenCube
  © Canadian Association for the Advancement of Health Research| Site Map 
1