29 juin 2004
La génomique des tumeurs, un grand espoir pour la cancérologie
Associated Press, Paris
Pouvoir prédire chez un malade atteint d'une tumeur cancéreuse les risques de métastase et suivre l'évolution d'un traitement anti-cancéreux grâce notamment aux progrès de l'analyse moléculaire et de la bio-informatique, c'est l'espoir que caressent les spécialistes réunis à Paris jusqu'à jeudi à l'occasion du Congrès Eurocancer 2004. Aujourd'hui, les nouveaux outils technologiques dont disposent les chercheurs leur donnent la possibilité de voir le génome d'une tumeur cancéreuse dans sa globalité, soit 36 000 gènes.
«Tous les gènes tumoraux ne sont pas actifs. Certains sont actifs uniquement chez les individus qui vont développer une métastase», a déclaré mardi à l'Associated Press le Dr Vladimir Lazare, responsable de la plateforme génomique de l'Institut Gustave-Roussy. Les nouveaux outils (les puces à ADN) «permettent d'identifier les gènes capables d'être corrélés avec un risque de métastase». Un bénéfice immense pour les malades. Car, à terme, les cancérologues pourront décider du choix du traitement en prenant en compte cette nouvelle donnée. Si le risque de métastase n'est pas retrouvé, «on peut éviter au patient une escalade thérapeutique dont il n'a pas besoin», s'est félicité le Dr Lazare. A l'inverse, un risque métastatique impose d'emblée un traitement conséquent. «Ce type de concept s'appliquera à tous les cancers pour lesquels une biopsie est réalisable», a ajouté le spécialiste. La biopsie donne l'état d'altération du génome des cellules cancéreuses. Mais, a-t-il ajouté, «on ne peut rester isolé dans son coin pour ce type de choses. Les scientifiques doivent collaborer entre eux pour accélérer le processus». Car outre la mesure de l'expression des gènes, les scientifiques auront aussi à «évaluer le bénéfice clinique" de cette méthode, une étape en cours de validation», a indiqué Vladimir Lazare. Dans le cancer du sein, par exemple, l'identification des gènes prédictifs de la rechute métastatique a été publiée en 2002 dans la revue scientifique Nature. Actuellement, «on en est à l'étape de validation à grande échelle. Mais l'utilisation de ces outils en clinique n'est attendue que dans trois à cinq ans».
De plus, le cancer est une maladie souvent hétérogène. La très grande majorité des cellules tumorales n'a pas de véritable pouvoir cancérigène. Seule une très petite proportion de cellules (les cellules souches) donnent des métastases. «Ces cellules ne sont pas accessibles aux thérapeutiques actuelles. Tant que ce problème ne sera pas résolu, le problème des métastases ne le sera pas non plus», a tempéré le Pr Michel Boiron, président fondateur d'Eurocancer. Plus optimiste, Vladimir Lazare espère que «l'identification de nouveaux gènes, cibles de nouveaux médicaments plus efficaces et moins toxiques, permettra aux médecins d'affiner la stratégie thérapeutique et de modifier la prise en charge des patients».
Canadians for the Advancement of Health Research:: Alternatives to animal research