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02 mai 2004

L'OMS part en guerre contre l'obésité

Le Devoir

L'idée d'une taxe sur le junk food est dans l'air. Consulté par Le Devoir, ce document que l'OMS se prépare à faire entériner par ses membres lors d'une assemblée qui se tiendra à Genève, en Suisse, du 17 au 22 mai, pose les jalons d'une lutte intégrée contre l'obésité et les maladies qui en découlent. Avec un but clair : «créer les conditions propices à l'application de mesures durables [...] qui, ensemble, réduiront la morbidité et la mortalité liées à une mauvaise alimentation et à la sédentarité», peut-on lire.

Le programme est chargé. Et dans le but d'enrayer la progression des maladies induites par la surcharge pondérale, l'OMS «invite instamment» les États membres, dont le Canada fait partie, à revoir, par exemple, leur politique fiscale. L'objectif ? Taxer le fruit de l'industrie agroalimentaire, qui ne peut se vanter d'être sain, et favoriser en même temps, à l'aide d'incitatifs fiscaux, la consommation des aliments que les nutritionnistes préfèrent voir entrer dans les garde-manger. «Les prix ont des répercussions sur les choix des consommateurs, font remarquer les responsables de la stratégie. L'État peut influencer les prix moyennant des taxes, des subventions ou la fixation directe des prix de façon à promouvoir une alimentation saine et l'exercice physique tout au long de la vie.»

L'idée d'une taxe sur le junk food est dans l'air du temps un peu partout où l'obésité est de plus en plus... pesante. Mais selon un sondage commandé la semaine dernière par Le Devoir, cette idée est largement rejetée au Québec, soit par 66 % de la population. «Sans doute parce que nous sommes déjà trop taxés», souligne Paul Boisvert, de la chaire de recherche sur l'obésité de l'Université Laval. «Et puis, l'argent de ces taxes risque de se retrouver dans la construction de routes plutôt que dans des programmes de prévention, ce dont nous avons pourtant grand besoin pour lutter contre l'obésité.»

Les gardiens mondiaux de la santé publique le croient aussi, comme en témoigne l'accent mis sur la lutte préventive dans leur plan d'intervention. En substance, le rapport encourage en effet les États à «adopter des politiques et à prévoir des incitations pour que la marche, le cyclisme et d'autres formes d'exercice physique puissent être pratiqués facilement et en toute sécurité», est-il écrit. Pour commencer.

Car l'OMS voit également dans l'éducation une bonne façon de faire fondre l'excès de tissu adipeux qui ralentit le pas d'un nombre toujours croissant de personnes, surtout celles vivant dans les pays industrialisés. «L'éducation en matière de nutrition et d'exercice physique et l'apprentissage nécessaire pour déchiffrer les médias, qui doivent démarrer dès l'école primaire, sont importants pour combattre les phénomènes de mode dans le domaine alimentaire, mettre en garde contre les conseils diététiques trompeurs et promouvoir une alimentation saine», indiquent les auteurs, qui préconisent au passage la mise à profit dans cette aventure de tous les ministères (Alimentation, Sports, Éducation, Transports, Aménagement urbain et consorts) sous la houlette du ministère de la Santé, chargé de coordonner les programmes mis en place.

«Tout ça vient apporter de l'eau à notre moulin, a commenté Paul Boisvert hier. Il est déplorable de constater qu'aujourd'hui au Québec, les questions d'obésité ne semblent pas prises au sérieux par notre gouvernement. Et quand il est question de prévention, le gouvernement se fait même très discret. Il faut donc espérer que les lignes directrices élaborées par l'OMS, qui appuie nos revendications, viennent enfin renverser la vapeur.»

Et pas seulement lorsqu'il est question d'éducation et d'information en matière d'alimentation. En effet, la stratégie de l'Organisation mondiale de la santé va plus loin en mettant dans sa ligne de mire l'industrie agroalimentaire, qui devrait «limiter la teneur en graisses saturées, en acides gras trans, en sucre et en sel des produits existants», peut-on lire. Les penseurs de lois gagneraient d'ailleurs à se pencher sur ces ingrédients à l'origine du surpoids, croit l'OMS, afin de mieux inciter ceux qui en abusent dans les «boissons et les en-cas» à les mettre au rancart.

Avec un oeil sur les processus de fabrication, l'OMS s'immisce aussi dans le monde de la publicité qui, selon elle, doit davantage, lorsqu'il est question d'alimentation, se discipliner. «Les publicités pour les aliments et les boissons ne devraient pas exploiter l'inexpérience ou la crédulité des enfants», indiquent par exemple les auteurs de la stratégie. Mieux -- du moins pour les fervents pourfendeurs de gras --, «les messages qui incitent à avoir des pratiques alimentaires nuisibles à la santé ou un mode de vie sédentaire devraient être combattus au profit de messages qui incitent à rester en bonne santé», peut-on lire plus loin.

«C'est primordial, lance M. Boisvert. Quand on voit en ce moment sur nos écrans de télévision une publicité pour Mastercard qui présente comme normal le fait d'acheter des crottes de fromage et des chocolats à des enfants, il y a de quoi s'insurger... »

Fruit de deux ans de consultations aux quatre coins de la planète, cette stratégie mondiale répond à la demande faite en 2002 par les États membres d'élaborer un plan de lutte contre les maladies dites non transmissibles. Au cours des derniers mois, son élaboration a suscité de vives réactions de la part des représentants de l'industrie de l'alimentation, des boissons gazeuses et du sucre, qui a fait pression sur l'OMS pour faire disparaître du document (dont la première version a été rendue publique en novembre dernier) les références au sucre, à une éventuelle taxation ainsi qu'à la remise en question des pratiques commerciales. En vain, de toute évidence.

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